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Tombouctou ou notre « pari de civilisation »*

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Les actes barbares que les islamistes perpètrent au nord du Mali sont un crime contre une civilisation. Ainsi, l’indignation formulée dans Le Monde, ce vendredi, par les anciens présidents Abdou Diouf et Jacques Chirac est salutaire.

 

Agir est devenu une impérieuse nécessité car ces hommes cumulent deux dangers : la désagrégation d’un Etat et la destruction d’une histoire plusieurs fois séculaires. Les bandes terroristes qui se sont emparées du nord du Mali lancent un défi à toutes les nations civilisées ; défi qu’il faudrait impérativement relever si nous ne voulons pas laisser à la postérité le souvenir de n’avoir pas agi quand des individus se sont attaqués à l’une des choses les plus fondamentales : la mémoire.

Les terroristes qui se drapent du manteau de l’Islam pour commettre leurs funestes forfaits ne s’attaquent pas seulement au Mali, mais à la conscience de tous les hommes. Tombouctou n’appartient pas à un pays. Ses vestiges historiques ont dépassé les contours de notre continent, ils sont un bien commun à la communauté des nations. Chaque individu, quel qu’il soit, détient une parcelle de ce joyau. Les mausolées profanés ne doivent pas constituer un choc uniquement pour les musulmans mais une marque indélébile de chagrin pour chacun, au delà des convictions religieuses.

 

La résolution des Nations Unies condamnant la rébellion islamiste est une avancée significative. Mais l’ONU doit aller plus loin en autorisant, sous le seau du Chapitre VII, l’envoi de troupes ouest africaines combattantes sur place. Il convient seulement de dessiner déjà les contours d’un plan politique de sortie de crise qui devra prendre le relais d’un succès militaire certain.

 

A Tombouctou se joue un destin pour notre civilisation. Nous avons l’obligation de sauver ce passé glorieux, cette grande civilisation menacée par des individus tenants d’une idéologie aux bases haineuses et rétrogrades.  

 

Abdelwahab Meddeb, théoricien d’un Islam en phase avec la modernité, avec qui je ne suis certes pas toujours d’accord, évoqua un jour la nécessité de réconcilier l’Islam et le logos. Le savoir ne devrait point s’éloigner de la pratique cultuelle, cela nous évite le risque de l’intégrisme, du fanatisme et au delà du fascisme.

Quel sacrilège que de voir la ville des médersas, de l’université islamique fondée au 15ème siècle accueillir aujourd’hui des illuminés à la solde d’une ambition obscurantiste contraire aux valeurs universelles qui régissent le fonctionnement des sociétés modernes. Les 333 Saints de la ville doivent en ce moment se remuer dans leur tombes car Tombouctou, « la perle du désert », est aux mains de terroristes honteusement drapés d’un manteau religieux aux antipodes des valeurs de paix, de tolérance et de respect de la liberté de conscience.

La communauté internationale a constaté, impuissante, l’horreur de la destruction des Bouddhas de Bamiyan en 2001, elle ne doit pas cette fois laisser les mêmes, sur une autre aire géographique, récidiver. Il y va de notre responsabilité de protéger notre passé et d’éviter que les séquelles ne touchent d’autres pays de la région.

 

Dans un monde aux repères difficilement identifiables, la protection de notre civilisation vaut tous les sacrifices. Si nous ne faisons rien face à ce projet totalitaire, nous aurons privé aux générations futures le droit de jouir entièrement de leur civilisation.

Hamidou ANNE

 

* Le titre est emprunté à un ouvrage d’Abdelwahab Meddeb

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Pays concernés : Mali
Citer cet article
« Tombouctou ou notre « pari de civilisation »* », <a href="https://lafriquedesidees.org/communaute/hamidou-anne/">Hamidou ANNE</a>, L'Afrique des Idées, 21 juillet 2012. https://lafriquedesidees.org/publications/tombouctou-ou-notre-pari-de-civilisation/
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À propos de l'auteur Hamidou ANNE

Contributeur

Contributeur

D'origine sénégalaise, Hamidou consacre ses travaux aux questions politiques, à la culture et aux enjeux internationaux. Il a été conseiller au Cabinet du Ministre des Affaires étrangères puis de celui de la Culture. Ancien élève de l'Ecole Nationale d'Administration de Paris, il est aussi diplômé en communication politique de La Sorbonne.
Au sein de L'Afrique des Idées, il dirige la rubrique Tribunes après avoir été responsable de l'Analyse politique.

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