L’Afrique détient indéniablement le (triste) record du continent ayant connu le plus grand nombre de coups d’Etat ces cinquante dernières années. Au delà des facteurs internes propres à chaque pays et de contextes particuliers qui conduisent à une prise du pouvoir par la force, il convient de réfléchir sur ce phénomène source d’une instabilité chronique pour de nombreux pays, pour des régions entières, et au final, pour la sécurité de tout un contient.
Plus de 80 coups d’Etats en cinquante ans
Le continent Africain a connu entre 80 et 85 coups d’Etat « réussis » au cours des cinq dernières décennies. Ce chiffre cache évidemment de nombreuses tentatives plus ou moins abouties (tel que le coup d’état « air-air » contre Hassan II en aout 1972 au Maroc). Le Nigeria, pays le plus peuplé d’Afrique, a ainsi connu huit coups d’Etat entre 1966 et 1993, dont certains se sont succédé au cours d’une même année… Autre pays important de la région, le Ghana, a enregistré quant à lui cinq coups d’Etat en l’espace de quinze ans (le dernier datant de 1981), autant que les Comores et le Burundi. L’Afrique de l’Ouest est la région du continent ou se concentrent ces changements brutaux, même si certains pays ont en été épargné. Le Burkina-Faso (4 coups d’Etats, entre 1980 et 1987), le Niger (4) ou encore la Guinée Bissau (3) s’ajoutent à ceux déjà mentionnés au Nigeria et au Ghana, en plus d’autres pays dans lesquels ce phénomène a été plus ponctuelle.
Ce tableau doit néanmoins être nuancé par le fait que malgré la médiatisation et l’impact important que peuvent avoir des coups d’Etats plus récents (tel que ceux intervenus en Guinée en 2008 ou actuellement au Mali) la tendance qui consiste à destituer un chef d’Etat par la force est à la baisse. Neuf coups d’Etats ont été effectués ces dix dernières années (en Mauritanie, Niger, Madagascar, Guinée, Togo, Guinée Bissau et Centrafrique), contre 14 au cours des années 1990, 19 dans les années 1980 et 26 dans les années 1970, qui ont constitué « l’âge d’or » des coups d’Etats en Afrique. Ceux-ci étaient d’ailleurs souvent reconnus et salués par les opinions publiques et à l’Etranger. L’un des signes de cette tolérance de moins en moins admise a été l’adoption par l’Organisation de l’Union Africaine, en 1999 à Alger, d’une résolution condamnant l’usage de la force dans la prise de pouvoir et sanctionnant les régimes qui en seraient issus.
Des facteurs explicatifs ?
Les auteurs de coups d’Etat justifient le plus souvent leur passage à l’acte par des arguments (éventuellement vrais, parfois insuffisants) et annoncent vouloir restaurer la démocratie et remettre le pouvoir au peuple. Outre les rivalités personnelles ou claniques, qui peuvent expliquer un certain nombre de coups d’Etat, des facteurs endogènes peuvent être relevés.Les auteurs de coups d’Etat justifient le plus souvent leur passage à l’acte par des arguments (éventuellement vrais, parfois insuffisants) et annoncent vouloir restaurer la démocratie et remettre le pouvoir au peuple. Outre les rivalités personnelles ou claniques, qui peuvent expliquer un certain nombre de coups d’Etat, des facteurs endogènes peuvent être relevés.
Tout d’abord, la concentration des pouvoirs entre les mains d’une seule personne (ou de quelques unes), rend d’une part plus difficile un changement institutionnel par des moyens légaux, d’autre part, rend plus réaliste une prise de pouvoir « physique », dans la mesure ou le régime repose entièrement sur une seule tête qu’il suffirait d’isoler ou d’éliminer. La faiblesse des Etats dans nombre de pays Africains, la légitimité réduite de leurs institutions et la faible cohésion nationale qui les anime sont bien évidement des facteurs aggravants. En outre, les facteurs externes, régionaux et internationaux, ont joué un rôle plus au moins directs dans de nombreux coups d’Etats. Si dans le cas du Mali, la situation qu’a connu la Libye et la circulation des armes dans la région a servi de catalyseur, d’autres coups d’Etats ont pu être directement inspiré, voire dirigés depuis l’étranger.
Il est difficile d’expliquer pourquoi certains pays connaissant les mêmes conditions socio-économiques et le même contexte historique ne connaissent pas le même degré d’instabilité. Néanmoins, il faut noter qu’un coup d’Etat ne renverse pas uniquement un dirigeant donné mais fait entrer le pays dans un cycle d’instabilité qui peut durer des décennies. L’Histoire a montré est qu’un dirigeant arrivé au pouvoir par la force a plus de chance de se faire à son tour destituer par la force, même bien des années plus tard. De nous jours la prise de pourvoir par la force est unanimement condamnée par les institutions internationales et les gouvernements, peu importe la situation qui prévaut dans le pays où ils ont lieu. L’expérience a montré que ce type d’événements aggrave plus les problèmes qu’il ne les résout, et les graves événements qui secouent le Mali nous le rappellent aujourd’hui tragiquement.
Nacim Kaid Slimane
Crédit image : http://tsakadi.files.wordpress.com/2010/02/liberte-nc2b0-666-du-vendredi-19-fevrier-2010.jpg
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