n
Curieux dysfonctionnement que celui du champ littéraire togolais : abondance de production et absence totale de critiques ! Dysfonctionnement qui nous fait croire à tort ou à raison que la littérature togolaise se porte bien, puisque le catalogue des œuvres devient de plus en plus fourni. Seulement voilà : dans cette abondance de la production littéraire togolaise, la qualité n’y est pas toujours et personne n’en parle. C’est là où se trouve le danger pour la littérature togolaise. Nous manquons de critiques littéraires qui, par les outils littéraires, dissèqueraient les œuvres pour en sortir les qualités et les défaillances afin de permettre aux auteurs de se remettre en cause et aux lecteurs d’aller à l’école de la qualité littéraire.
n
n Si nous parlons de manque de critiques littéraires, c’est peut-être mal dit, parce qu’il en existe. Enfin de par leur formation, beaucoup de personnes, notamment celles qui forment et celles formées aux départements de lettres modernes des universités de Lomé, de Kara et même d’ailleurs, sont généralement consacrées spécialistes de telle littérature ou de telle autre littérature. Mais pourquoi, diable, ne parlent-elles, ces personnes ? Pourquoi ? Nous ne trouvons à cela que trois raisons.
n
n La première, la paresse intellectuelle. Autrement comment expliquer le silence des universitaires et de divers spécialistes de la littérature ? Ils ne parlent pas, parce qu’ils ne lisent pas, du moins les œuvres de la littérature togolaise. Ceux qui sont censés éclairer aussi bien les lecteurs que les écrivains, dansent la polka ailleurs que sur les fabriques de cérémonies littéraires. Et tout le monde rame et rame. Dans toutes les directions, on va ! De la complaisance à la médiocrité satisfaisante, des lumières aux ténèbres et vice-versa. La littérature togolaise ploie sous la confusion, parlez messieurs les spécialistes !
n
n La deuxième raison, c’est que la critique littéraire ne serait pas payante, donc nos chers « formés pour » lui consacrent peu de temps, refusant de regarder l’intérieur de la nuit pour, soi-disant, éviter de signer la décapitation de leur porte-monnaie. Et la littérature togolaise en pâtit, surtout dans l’écriture de sa tradition, de sa mémoire. Hormis le théâtre togolais, on a du mal à trouver aux autres genres leur mémoire. Il y a donc nécessité d’écrire l’histoire littéraire togolaise. Cela donnerait aussi plus de repères à ceux qui veulent se lancer dans l’écriture, pour peu que ces derniers veuillent bien lire des choses avant de se lancer.
n
n La troisième raison serait la peur de frustrer. Elle empêcherait d’écrire de vraies critiques, comme si notre part de réflexion sur une œuvre demandait l’aval d’autrui. Nous faisons preuve d’hypocrisie et de malhonnêteté intellectuelle. On est réduit ici à ménager tout le monde, à « encourager », comme on le dit. On cache généralement tout le mal qu’on pense d’une œuvre. Et la gangrène de la médiocrité prolifère majestueusement.
n
n Où sont donc nos critiques ? Qu’ils viennent nous révéler nos faiblesses ! Nous dire les plaies béantes de notre champ littéraire. Cela permettra de les panser. Nous voulons des critiques redoutés et redoutables, des spécialistes de littérature qui ont de la voix, qui donnent de la voix au propre comme au figuré. Ils peuvent se tromper, qu’importe ! L’essentiel, c’est qu’ils permettront à chacun de prendre conscience qu’ « écrire n’est pas un fait divers ».
n
n Anas Atakora, article tiré du blog Bienvenue sur Mes Monts
n