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Rien n’a suscité plus de réaction et d’indignation depuis le début de la crise politico-militaire au Mali que la destruction par les combattants d’Ansar Dine des monuments funéraires de Tombouctou. Ni l’atteinte à la souveraineté d’un état membre de l’ONU et de l’UA. Ni les soldats exécutés par le MNLA. Ni la disruption de l’ordre constitutionnel. Ni le coup d’état que la sécession a servi à légitimer. Ni l’éviction d’un des rares, pures démocrates que l’Afrique de l’Ouest ai jamais connu, Amadou Toumani Touré. Ni l’imposition du voile. Ni la fermeture des lieux de loisirs. Rien de tout cela n’a provoqué autant de réaction, dans les médias internationaux et au sein même de l’ONU que la destruction de quelques bâtisses en terre cuite.
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Je me demande si on se rend compte de la portée d’une telle réaction, ou plutôt d’une telle surrection après la léthargie, l’apathie et même la tolérance témoignées jusqu’alors au MNLA et aux islamistes d’Ansar Dine durant le premier semestre de cette année. Il se murmure maintenant qu’il est temps d’intervenir militairement au Mali. L’Editorialiste du quotidien français « Le Monde » appelle à sauver Tomboucoutou, cette ville qui se trouve « sous l’assaut des barbares. » Irina Bokova, l’indignée en chef de l’ONU considère que ces attaques sont des crimes contre notre humanité – pas « contre l’humanité » nuance, la décence est sauve. La CEDEAO quant à elle, se prépare plus décidée que jamais à lutter contre les… « Terroristes »…
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Imagine-t-on un instant l’invasion de l’Afghanistan par l’OTAN, en Octobre 2001, conduite en représailles à la destruction des Bouddhas de Bâmiyân ? De toutes évidences, non. Cet acte sauvage s’il rappelait la barbarie intrinsèque du régime des Mollahs, ne constituait pas une raison suffisante. Il fallut le 11 septembre, la destruction des tours jumelles et les 3000 morts. Au Mali, le raisonnement est inversé. Les massacres, violences et violations du droit commises jusqu’ici dans le Nord du Mali ne constituent pas une raison suffisante d’intervention. Les sacrifices n’ont pas suffi, Il fallut un sacrilège.
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Même à supposer que le mélange de superstition, de religion crédulité, de falsification, de glorification posthume qui fait une grande part du « patrimoine culturel » de Tombouctou soit unique et indiscutable, pour ma part, j’évalue cette perte à une hauteur bien moindre que celles subies par les populations maliennes depuis janvier 2012. S'il faut envoyer des soldats au Mali, que ce soit par décision et pour des motifs politiques, et non pour sacrifier à l'humeur du temps, aux caprices des gens cultivés.
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Les vivants, dans mon bréviaire personnel, ont plus d’importance que les morts, les institutions plus que les symboles, le présent matériel plutôt que le passé fut-il immatériel. J’entends bien qu’on veuille mourir par appât du gain, par amour, par fidélité et même « pour sa patrie ». Mais mourir pour un tombeau ?
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Joël Té-Léssia
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