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n L’élégant Jean-luc Raharimanana dans "Enlacement(s)" son dernier recueil de poèmes rappelle admirablement que le « rôle » d’une femme est de « recommencer le monde ». C’est peut-être une référence au poème de Kipling « la femelle de l’espèce » (1911) : « (…) de peur que les générations ne viennent à manquer/ La femelle de l’espèce doit être plus meurtrière que le mâle. / Elle qui affronte la mort dans la torture avec chaque vie en son sein / Ne peut se permettre le doute ou la pitié ».
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n Aujourd’hui, même les intentions les plus « nobles » n’y peuvent rien : associer des termes aussi désagréables que « rôle » ou « place » à la gent féminine est l’affaire d’un goujat ou d’un réac. J’écrivais dans « la terre de nos pères » que notre génération n’avait hérité que de la révolution sexuelle et des ONG (« godemichets et Bernard Kouchner » pour faire court). Je n’ai hélas pas assez insisté sur l’ampleur du phénomène. La libéralisation a tourné au libertinisme, au tout-érotique et au tout-sexuel. S’en étonner, ou pire s’en offusquer est du plus mauvais goût. L’heure n’est pas loin où les cours d’éducation sexuelle incluront une séance de masturbation surveillée.
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n Ces deux courants, égalitarisme exacerbé et banalisation de la sexualité, vont désormais de pair. Pour protester contre les violences faites aux femmes et l’érotisation extrême de leur corps, il est désormais tout à fait acceptable que des femmes manifestent… à moitié nues dans des Eglises. On est prié d’applaudir lorsqu’une « grève du vagin » est organisée, parce que leur sexe est évidemment l’arme la plus puissante dont elles disposent. La prostitution devient elle aussi « un boulot comme un autre. » Des gens autrement sérieux, se posent sérieusement la question : « qu’est-ce qui est pire, en fin de compte être un enfant de putain ou le père d’une putain ? »
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n Et n’allons pas croire que tout cela n’est qu’une autre manifestation de la « décadence de l’Occident ». C’en est peut-être une, mais il ne s’agit point d’un phénomène seulement occidental.
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n On peut rire en se rappelant que l’Eglise catholique avait condamné le Tango, danse sexuelle diabolique comme chacun sait. On peut aussi rire, si on y tient vraiment, en voyant l’éclosion du « Surra de Bunda » au Brésil ou du Daggering en Jamaïque, du Kuitata et du Boboraba en Côte d’Ivoire. Ou pleurer. Qui bronche et conteste ce rabaissement des femmes est aussitôt confronté à un faux dilemme : c'est ça ou le retour au système de mariages forcés ? Non? Alors vogue la galère ! Femmes libérées, camarade ! Yé vivé ! La chirurgie esthétique et les pilules amaigrissantes font fureur dans le Nord. Au Sud, le Tia Foin, les vitamines grossissantes, les injections de botox dans les fessiers, le khessal, tout est bon ! Si d’une petite voix on rappelle qu’en Mauritanie les mêmes résultats sont obtenus par le gavage des jeunes filles, le malappris est prié de quitter la salle.
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n C’est dans l’air du temps. Foin de puritain et de tartufes. Tout est désormais autorisé. Jeune Afrique peut même publier l’affiche de l’agence de communication ouest-africaine « Voodoo ». Qu’est-ce qui peut bien choquer dans le fait de montrer une femme nue, à quatre pattes, le cul en l’air, une queue (de lion) pendant de sa bouche ? Qu’est-ce qui peut être choquant dans ça ?
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n C’est juste une paire de fesses qui n’en a jamais vu ? C’est juste une femme qui gagne sa vie, qu’est-ce qu’il y a de mal à ça ? C’est juste un journal qui reprend une réclame, qu’est-ce qui est criminel là ? C’est une photo comme une autre. Pas grand-chose. Oui, c’est vrai. Après tout : "ce n'est rien, c'est une femme qui se noie." Juste une femme…
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