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Le défi sanitaire du Bénin face au retrait des Etats Unis de plusieurs accords internationaux en janvier 2025

Le retrait brutal des États-Unis des accords sanitaires internationaux en janvier 2025 a créé un séisme géopolitique aux répercussions inédites. Pour les pays d’Afrique de l’Ouest comme le Bénin, dont près de 40 % du budget santé repose sur l’aide extérieure, ce désengagement menace directement des décennies de progrès contre le paludisme, le VIH et la tuberculose.

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L’entrée en fonction, en début d’année 2025, d’une nouvelle administration américaine a conduit à un événement géopolitique majeur : le retrait formel des États-Unis de plusieurs cadres de coopération multilatérale, notamment dans le domaine de la santé mondiale. Parmi les accords et mécanismes touchés figurent des engagements financiers et logistiques clés au sein de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), du dispositif COVAX pour l’accès équitable aux vaccins, et du Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme. Cette décision, motivée par un souverainisme affiché et une priorité donnée aux « intérêts américains d’abord », crée un vide immédiat en matière de gouvernance, de financement et de leadership dans la santé globale.

Cette analyse se propose d’étudier les implications concrètes de ce retrait sur la sécurité sanitaire d’un pays spécifique, le Bénin, État d’Afrique de l’Ouest aux ressources limitées mais au dynamisme reconnu en matière de santé publique. Le Bénin sert ici de cas d’école pour comprendre comment les chocs géopolitiques globaux se répercutent sur les systèmes de santé nationaux les plus vulnérables, et quelles stratégies d’adaptation peuvent être envisagées.

Les vulnérabilités du Bénin face à un paysage sanitaire redessiné

Le système de santé béninois, bien qu’ayant réalisé des progrès notables ces dernières années (augmentation de la couverture vaccinale de routine avec l’introduction dans le PEV, de la chimioprévention du paludisme pérenne, du vaccin antipaludique en avril 2024 pour lutter contre le paludisme), reste structurellement dépendant de l’aide extérieure. Cette aide est à la fois financière (près de 40 % du budget santé provient des partenaires internationaux) et technique (expertise, renforcement des capacités, surveillance épidémiologique).

Dépendance financière critique

Sur la période 2024-2030, les ressources nécessaires pour la mise en œuvre du PSNIE (Plan Stratégique National Intégré pour l’Élimination du VIH/Sida, la Tuberculose, le Paludisme, les Hépatites Virales et les IST) sont estimées à 438 476 219 317 FCFA, soit 668 452 687 euros.

Elles sont essentiellement consacrées à la lutte contre le paludisme (49,3 %) et à la lutte contre le sida (38,5 %). La lutte contre la tuberculose et les hépatites représente respectivement 6,4 % et 1,3 %, tandis que le renforcement transversal du système de santé (SRPS) est valorisé à 4,5 % des besoins totaux.

Des montants assez conséquents pour une économie encore fragile comme celle de la République du Bénin. Les États-Unis étaient historiquement considérés comme le premier contributeur au Fonds mondial et un pilier de COVAX. Leur retrait menace directement des programmes vitaux au Bénin. Par exemple, près de 80 % des programmes de lutte contre le VIH/sida sont financés par des bailleurs externes, principalement via le Fonds mondial. Une baisse drastique des ressources pourrait compromettre l’accès gratuit aux antirétroviraux pour des dizaines de milliers de Béninois.

Accès aux médicaments et vaccins en péril

Le Bénin comptait sur des mécanismes multilatéraux comme COVAX pour sécuriser son approvisionnement en vaccins, non seulement contre la COVID-19, mais aussi contre d’autres maladies émergentes. Le retrait américain affaiblit ce mécanisme, risquant de reporter la charge financière sur le budget national déjà contraint et de retarder les campagnes de vaccination.

La CPS (Chimioprévention du Paludisme Saisonnier chez les enfants de moins de 5 ans) pour les régions du nord et du centre du Bénin, fortement financée par l’USAID, bat de l’aile depuis sa dissolution. Ni le VAP (vaccin antipaludique), ni la CPP (Chimioprévention du Paludisme Pérenne) ne sont toujours mis à l’échelle, pourtant l’implémentation de cette dernière a donné des résultats probants dans les zones sanitaires KTL, ZOBOZA et BS.

Affaiblissement du système d’alerte précoce

La participation active des agences techniques américaines (CDC, USAID) au renforcement des capacités de surveillance et de réponse aux épidémies au Bénin est significative. Un désengagement brutal crée un trou dans la veille sanitaire, rendant le pays plus vulnérable à la résurgence de maladies ou à l’émergence de nouvelles menaces.

Impacts anticipés et risques en cascade

Les conséquences du retrait américain ne se limitent pas à une simple baisse de budget. Elles créent un effet domino aux multiples facettes :

  • Risque de recrudescence des maladies : une interruption des programmes de prévention et de traitement pourrait entraîner une augmentation des cas de paludisme, de tuberculose et de nouvelles infections au VIH, annulant des années de progrès.
  • Pression accrue sur le système de santé : une épidémie non contrôlée, combinée à une pénurie de médicaments, saturerait rapidement les structures de santé béninoises, dont les capacités d’hospitalisation et de soins intensifs restent limitées.
  • Instabilité régionale : la santé ne connaît pas de frontières. Une détérioration de la situation sanitaire au Bénin deviendrait un risque pour ses voisins du Sahel et du Golfe de Guinée, compromettant la sécurité sanitaire régionale.
  • Déviation des ressources nationales : l’État béninois pourrait être contraint de réaffecter des fonds destinés à l’éducation ou aux infrastructures vers la santé, freinant ainsi son développement socio-économique global.

Stratégies d’adaptation et nouvelles solidarités : les options pour le Bénin

Face à ce nouveau paysage, le Bénin n’est pas sans ressources. Sa réponse devra être multidimensionnelle, mêlant résilience nationale et réorientation de sa diplomatie sanitaire.

Recommandation pour une autonomie stratégique en santé

Renforcement de la production locale : soutenir les initiatives comme la future usine de production de vaccins et de molécules au Bénin (projets en discussion avec des partenaires privés et l’Union africaine) devient une priorité absolue.

Optimisation des dépenses publiques : l’efficacité et la transparence dans l’utilisation du budget national santé doivent être maximisées. La généralisation de la couverture santé universelle (CSU) est un outil clé pour mobiliser des ressources domestiques et protéger les ménages.

Diversification et consolidation des partenariats

Leadership africain : le Bénin peut s’appuyer sur les structures continentales comme les Centres Africains de Contrôle et de Prévention des Maladies (Africa CDC) et la Banque Africaine de Développement. Le Fonds africain pour la sécurité sanitaire pourrait devenir un levier financier majeur.

Nouveaux alliés : renforcer les coopérations avec l’Union européenne (notamment via le programme « Global Gateway »), la France, l’Allemagne, mais aussi avec des acteurs émergents comme la Chine, l’Inde ou la Turquie, tout en veillant à l’alignement de ces partenariats sur ses propres priorités stratégiques.

Secteur privé et philanthropie : solliciter davantage les fondations (Fondation Gates, Fondation Mastercard pour l’Afrique) et encourager les partenariats public-privé pour combler les gaps de financement.

Diplomatie sanitaire proactive

Le Bénin, au sein de la CEDEAO et de l’Union Africaine, peut plaider pour une voix africaine plus forte et unie dans les fora internationaux, réclamant une réforme du système de santé mondiale pour le rendre plus équitable et moins dépendant d’un seul acteur.

Conclusion

Le retrait des États-Unis des accords mondiaux de santé, même temporaire, agit comme un révélateur des vulnérabilités de l’architecture sanitaire internationale. Pour le Bénin, les conséquences sont indirectes mais potentiellement graves : baisse des financements, retard dans les réponses aux crises, marginalisation des priorités sanitaires nationales.

Face à cette instabilité, la solution réside dans une stratégie de résilience combinant diversification des partenariats, renforcement des systèmes de santé locaux et affirmation d’une voix africaine forte dans les instances mondiales. La santé est un bien public global ; sa protection exige un engagement multilatéral constant, au-delà des changements politiques nationaux.

Références

  • Décret n° 2022-184 du 25 mars 2022 portant composition, attributions, organisation et fonctionnement du Conseil National de Lutte contre le VIH/Sida, la Tuberculose, le Paludisme, les Hépatites, les Infections Sexuellement Transmissibles et les Épidémies.
  • PSNIE – Plan Stratégique National Intégré pour l’Élimination du VIH/Sida, la Tuberculose, le Paludisme, les Hépatites Virales et les IST, 2024-2030.
  • OMS (2021), Impact financier du retrait américain.
  • Ministère de la Santé du Bénin (2022), Plan national de développement sanitaire.
  • The Lancet (2020), “US withdrawal from WHO: implications for global health”.
  • Global Fund (2022), Rapport sur les contributions des donateurs.

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Pays concernés : Bénin
Citer cet article
« Le défi sanitaire du Bénin face au retrait des Etats Unis de plusieurs accords internationaux en janvier 2025 », <a href="https://lafriquedesidees.org/communaute/luc-bankole/">Luc Bankolé</a>, L'Afrique des Idées, 7 octobre 2026. https://lafriquedesidees.org/publications/le-defi-sanitaire-du-benin-face-au-retrait-des-etats-unis-de-plusieurs-accords-internationaux-en-janvier-2025/
Luc Bankolé
À propos de l'auteur Luc Bankolé

Luc BANKOLKE, Titulaire d’un Master 2, est un Expert en Communication des Risques et Engagement Communautaire (RCCE) avec plus de 10 ans d’expérience dans la santé publique et le développement.
Basé à Cotonou, il est spécialiste Paludisme, Communication & Partenariats à la Fondation ADJIGON NATABOU. Fort de son passage comme Responsable Communication de la CPP (Chimioprévention du paludisme Pérenne) au Bénin pour ABMS/PSI, il excelle dans le plaidoyer institutionnel, et l’élaboration de stratégies de changement social et comportemental. Engagé en politique, il est Secrétaire Général du Creuset "Les Ambassadeurs du Président de la République", faisant le lien entre les hautes autorités et les communautés. Certifié OMS en élimination du paludisme, il a formé plus de 500 agents de santé sur les soins de qualité basés sur l’empathie.

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